Accueil Métier : infirmier Infirmiers : ils témoignent ! Christelle Solecki, infirmière à l’USEP
(enfants polyhandicapés, Paris)

Comment accompagner au quotidien de jeunes polyhandicapés dans leur besoin d’accompagnement éducatif, de soins thérapeutiques et de socialisation ? Rencontre dynamique avec Christelle Solecki, infirmière à l’USEP (Centre médico-social Lecourbe – Fondation Saint Jean de Dieu, Paris 15e)…

Vous travaillez aujourd’hui dans l’Unité spécialisée pour enfants polyhandicapés (USEP) de la Fondation Saint Jean de Dieu (Paris, 15e). Quelles sont vos principales missions ?

Au sein du Centre médico-social Lecourbe, la Fondation Saint Jean de Dieu dispose de trois structures d’accueil : un Institut d’éducation motrice (IEM, comprenant notamment une école et un collège), l’USEP où je travaille et, pour les adultes, une Maison d’accueil spécialisée (MAS).
Les enfants que nous accueillons à l’USEP sont touchés par des handicaps aussi bien moteurs que cognitifs.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours professionnel jusqu’à cette fonction ?

Ayant moi-même un handicap, on ne me faisait pas confiance dans un rôle d’infirmière. Après l’obtention de mon diplôme à l’IFSI de Beauvais, j’ai donc dû faire beaucoup de vacations dans différents secteurs : rééducation fonctionnelle, PMI (Protection maternelle et infantile), EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), chirurgie orthopédique… En 1997, La Fondation Saint Jean de Dieu m’a proposé un poste d’infirmière de nuit en CDI à l’IEM. J’ai tout de suite accepté. C’était la première fois que mon handicap était perçu comme un atout. Au fil du temps, j’ai également exercé de jour.
En 2008, j’ai intégré l’Unité spécialisée pour enfants polyhandicapés (USEP), créée deux ans plus tôt. L’USEP est une structure d’accueil de jour. Cette Unité accueille aujourd’hui 49 enfants (entre 3 et 20 ans environ), de 9h à 16h. Au sein d’une équipe pluridisciplinaire éducative et thérapeutique, nous sommes deux infirmières mais en exercice à mi-temps, c’est-à-dire que l’on est toute seule le jour où l’on travaille. Sur le plan thérapeutique, en dehors des soins infirmiers, ils bénéficient de l’accompagnement de psychologues, de kiné, de psychomotriciens, d’ergothérapeutes et d’un orthophoniste.
L’USEP est considéré comme un centre à forte valeur ajoutée en France. Il n’y a pas beaucoup de structures de ce type à Paris et la liste d’attente est phénoménale. Depuis 2010, l’USEP bénéficie de locaux spacieux. Les parents sont contents que leurs enfants soient chez nous. Les enfants naviguent entre l’USEP et la maison avec un cahier de liaison.
Nous avons à gérer la relation avec les enfants, mais aussi avec la famille et des parents souvent en souffrance. Parfois c’est facile de travailler avec les parents, parfois c’est plus difficile.

Pour quelles raisons la profession d’infirmier vous attira-t-elle ?

C’est une vocation pour moi – une vraie ! Mon handicap s’est déclaré lorsque j’avais 8 ans. Lorsque j’ai commencé à fréquenter les hôpitaux, pour moi les infirmières c’était : waouh ! – les héroïnes de mon quotidien.

Quelles sont les qualités plus spécifiques requises pour accompagner de jeunes polyhandicapés ?

On ne peut pas travailler avec eux sans les avoir longuement observés. Il faut aussi faire preuve d’encore plus de patience que dans d’autres services.
C’est ce que j’explique aux élèves des IFSI qui effectuent des stages à l’USEP. Je les laisse prendre le temps de définir leurs objectifs de stages au terme d’une première immersion d’une quinzaine de jours dans la vie de l’USEP et d’une sensibilisation concrète au polyhandicap. La prise en charge d’un enfant polyhandicapé est en effet pluridisciplinaire, elle dépasse largement le seul domaine du soin infirmier. Une fois par semaine, nous avons un staff (réunion d’équipe pluridisciplinaire sur le suivi des jeunes) dans lequel nous pouvons admettre des stagiaires.

Pouvez-vous continuer à vous former dans le cadre de votre activité ?

Oui. J’ai par exemple suivi une formation sur la douleur et celle sur les massages antalgiques. Nous disposons aussi d’une salle Snoezelen qui permet tout aussi bien la stimulation multisensorielle que l’apaisement des enfants. Nous pouvons nous former à cette démarche. Pour favoriser l’échange avec les enfants présentant des difficultés de communication, des formations au Makaton sont également proposées. Le Makaton est un programme d’aide à la communication et au langage constitué d’un vocabulaire fonctionnel utilisé avec la parole, les signes et/ou les pictogrammes. Personnellement, j’aimerais pouvoir m’organiser pour enrichir ma pratique d’une formation à la sophrologie.

Que préférez-vous dans votre métier ?

Au début le polyhandicap me faisait très peur. Aujourd’hui je ne cèderais pas ma place. La proximité avec les enfants et l’épanouissement du développement de leurs potentialités me plaît.


© Dunod Éditeur, février 2017


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