Accueil Métier : infirmier Infirmiers : ils témoignent ! Sana Chemly, Clinique médicale et pédagogique Édouard Rist (Paris)

De l’exercice d’infirmière à celui de cadre de santé en médecine physique et de réadaptation.

Comment évoluer dans le métier des soins infirmiers ? Comment concilier encadrement et formation au service de la prise en charge spécifique des jeunes ? Rencontre stimulante avec Mme Sana Chemly, Cadre de santé en Médecine physique et de réadaptation à la Clinique médicale et pédagogique Édouard Rist (Paris). Un établissement de la Fondation Santé des Étudiants de France, qui permet aux patients de bénéficier d’une prise en charge soins-études ou d’un accompagnement dans un projet d’insertion professionnelle.

Vous êtes aujourd’hui Cadre de santé à la Clinique médicale et pédagogique Édouard Rist (Paris), spécialisée notamment en médecine physique et de réadaptation pour les jeunes. Quelles sont vos principales missions dans cet établissement ?

Le service de médecine physique et réadaptation de la Clinique Médicale et Pédagogique Édouard Rist accueille des patients âgés de 10 à 25 ans, en traumatologie orthopédique et en neurologie (traumatisés crâniens, blessés médullaires, etc.). J’y travaille depuis 2005.

Ma principale mission consiste à assurer la sécurité des patients et des soignants ainsi que la continuité dans la qualité de soins. Mes autres missions concernent la gestion quotidienne du service et la participation à des groupes de travail spécialisés.

Comment s’organise la vie de votre service ?

Je participe aux commissions d’admission et de sortie des patients, au suivi de leurs séjours, à la préparation du projet de vie après la sortie – qui est beaucoup plus longue pour les patients atteints neurologiquement que pour les patients en orthopédie, car les patients neurologiques nécessitent un accompagnement spécifique.

Je suis responsable de la gestion des plannings des soignants, des réunions et de l’animation d’équipe. Je participe aussi à des groupes de travail spécialisés (ex. : éducation à l’auto-sondage) et à des missions transversales dans l’établissement (équipe opérationnelle d’hygiène, comité de lutte contre la douleur, qualité…)

Nous sommes une équipe pluridisciplinaire, composée :
- d’une équipe médicale et soignante (médecins, infirmiers, aides-soignantes) ;
- d’un plateau technique de rééducation (dont balnéothérapie) : kinésithérapeutes, éducateur sportif, ergothérapeutes, orthopédistes, psychologues ;
- orthophoniste, éducateurs spécialisés, animateur, diététicienne...
- sans oublier assistante sociale, secrétaire et agents du bionettoyage.

Au global, une trentaine de personnes participent à la vie du service.
L’équipe se réunit tous les quinze jours pour une réunion multidisciplinaire de synthèse de l’état des patients, et dans l’objectif d’une vision partagée de la manière de poursuivre leur prise en charge. Les patients neurologiques bénéficient par ailleurs d’une synthèse individuelle de leur état, en vue d’anticiper le mieux possible leur projet de sortie.

Une fois par mois, des chirurgiens de l’hôpital Robert Debré et de l’hôpital Necker viennent à la clinique examiner leurs patients.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours professionnel jusqu’à vos responsabilités actuelles de Cadre de santé, et en particulier dans le domaine des soins infirmiers ?

J’ai obtenu mon diplôme d’État français d’infirmière à l’hôpital Paul-Brousse en France (Villejuif), ainsi qu’une licence libanaise en soins infirmiers. En France, j’ai passé le concours d’entrée à l’Institut de formation des cadres de santé. En 2013, afin de professionnaliser mon expérience avec les adolescents en difficulté, j’ai présenté le Diplôme interuniversitaire Adolescence : société et pratiques interprofessionnelles, organisé en formation continue par la Maison de l’adolescent du Val-de-Marne, l’Université Paris-Sud et l’Université de Caen Basse-Normandie. En 2014, j’ai passé le Diplôme interuniversitaire « Traumatismes crâniens de l’enfant et de l’adolescent – syndrome du bébé secoué » (Hôpital Saint-Antoine / Hôpital Necker, Paris). Une formation intéressante en particulier pour la compréhension de certains troubles importants chez les patients traumatisés crâniens.

J’ai également participé, au sein de l’Agence régionale de Santé d’Île-de-France, à plusieurs missions thématiques d’expertise hospitalière, tout d’abord avec la MEAH (Mission d’Expertise et d’Audit Hospitalière) comme chef de projet de la mission Absentéisme des personnels. Pour l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux), j’étais chef de projet « Douleur » au sein de la clinique Édouard Rist. Dans l’objectif de renforcement de la démarche qualité de notre établissement, j’ai transformé cet enjeu de prise en charge de la Douleur » en EPP (Évaluation des pratiques professionnelles) pour la certification 2011-2012 de notre établissement. La prochaine certification portera sur l’EPP « Plaies et cicatrisation », fruit d’un travail de groupe des infirmières de l’établissement.

Quelles furent vos motivations pour devenir infirmière ?

Ma vocation naquit dans le contexte de la guerre du Liban. J’étais volontaire pour porter secours aux blessés mais sans diplôme, tout geste technique m’était refusé. J’ai donc choisi de m’inscrire à l’École française d’infirmières au Liban. Aujourd’hui, cela fait plus de 30 ans que j’exerce dans les métiers du soin, et toujours avec la même passion !

Quelles sont, selon vous, les principales qualités que doit avoir un infirmier(e) ?

Les étudiants vont sûrement me trouver exigeante, mais je dirais tout d’abord qu’il ne faut pas viser 10/20 au Diplôme d’État d’infirmier, mais bien 17/20 ! Il faut avoir l’ambition de l’excellence car la profession l’exige. Il faut être excellent en soins, en manipulations techniques, en usage des dispositifs médicaux, en surveillance du patient opéré, en réalisations de transfusions, etc.

Ensuite, il faut de vraies qualités humaines : la patience, l’écoute mais aussi une approche professionnelle de la relation au patient, impliquant tout à la fois proximité et distance nécessaire sur ce que l’on vit, notamment pour éviter le risque de burn-out, par exemple.

Enfin, plus que dans tout autre métier, il est essentiel d’être en harmonie avec soi-même et de ne pas convier à l’hôpital les préoccupations de la vie quotidienne ou les aléas de la vie personnelle. En prenant ses fonctions, il faut se consacrer à 100% au travail. Le métier de soignant est un travail d’équipe, qui ne peut s’accommoder d’une implication partielle ou – sauf cas exceptionnel – d’une délégation de ses responsabilités. Une vie équilibrée, en harmonie avec soi-même, permet de puiser l’énergie nécessaire pour donner de soi dans l’exigeante relation à l’autre.

Quelles sont les qualités plus spécifiques requises pour accompagner des adolescents dans un parcours Soins-Etudes ou de jeunes adultes dans un parcours d’insertion professionnelle ?

Dans un établissement comme le nôtre, spécialisé dans la prise en charge des jeunes, les soignants doivent « gérer » non seulement le patient, mais aussi la famille. Celle-ci peut être un allié de choix dans la démarche de rééducation du patient.

Il est possible, au fil de sa vie professionnelle, d’obtenir des spécialisations dans la prise en charge de la rééducation des enfants et des adolescents. J’ai cité précédemment deux diplômes interuniversitaires. Il y a aussi le Diplôme universitaire Plaies et cicatrisation. Ces trois formations durent un an chacune. Nous proposons aussi aux soignants des formations ciblées sur quelques jours, par exemple en neuro-urologie, en gypsothérapie (surveillance de l’évolution des plâtres), ou sur la manière d’appréhender le handicap et la sexualité. En interne, nous organisons des sessions de formation sur la bientraitance ainsi que sur la cicatrisation. Les laboratoires accompagnent aussi l’intégration de matériels digestif ou urinaire dans une démarche de service sur les bonnes pratiques d’utilisation.

Accueillez-vous des stagiaires dans votre établissement ?

Oui, nous accueillons dans notre établissement des stagiaires en formation d’aides-soignants et en formation de soins infirmiers.
Les étudiants en IFAS (Instituts et centres de formation pour les aides-soignants) préparent le diplôme en dix mois. Dans le cadre de leur formation, ils doivent effectuer six stages cliniques d’un mois chacun.
Les étudiants en IFSI sont accueillis en stages de dix semaines. Nous leur proposons de passer cinq semaines en orthopédie et cinq semaines avec les patients neurologiques. Ils acquièrent ainsi une expérience dans deux spécialités.
Nous venons par ailleurs de concevoir le livret d’accueil du stagiaire, que nous allons aussi communiquer aux IFSI et au IFAS

Comment recrutez-vous le personnel soignant ?

Un peu plus d’un tiers du personnel recruté est issu du vivier de nos stagiaires, qu’il s’agisse d’anciens stagiaires aides-soignants ou des soins infirmiers. Nous avons aussi fidélisé un certain nombre de soignants avec la mise en place d’un pool de remplacements. Ils connaissent bien notre établissement et cela nous évite de devoir trop souvent recruter des intérimaires. Le reste des recrutements s’effectue par annonce dans les journaux professionnels.

Dans le cadre d’une première prise de poste dans votre établissement, y a-t-il un parcours d’intégration particulier ?

Oui, nous avons conçu le dossier du nouvel arrivant : livret d’accueil du personnel soignant (aide-soignant, infirmier), suivi de la période d’essai, fiche de poste, protocole d’intégration du tutorat pendant un mois avec un soignant confirmé, évaluation de l’intégration dans le cadre de la période d’essai (date à laquelle le soignant maîtrise tel ou tel savoir-faire), mode opératoire de signalement des événements indésirables, modalités d’accès à la consultation de la documentation sur les protocoles, etc.).

Comment continuer à se former une fois en activité ?

Il y a un plan de formation annuel. On distingue :
- les formations continues obligatoires pour tous dans l’établissement,
- les formations individuelles, à l’initiative du salarié, et qui doivent noter leurs motivations.

Par ailleurs, des entretiens de progrès ont lieu tous les deux ans avec chaque salarié. Il s’agit notamment de faire le bilan des actions de formations accomplies précédemment, d’envisager des évolutions professionnelles transversales ou verticales, d’évoquer de possibles spécialisations dans le cadre de diplômes universitaires (DU Douleur, etc.).

En tant que Cadre de santé, avez-vous déjà participé aux procédures d’admission en IFSI ?

Je participe aux procédures d’admission de l’IFSI de l’Institut hospitalier franco-britannique (La Défense, 92), de l’IFSI du Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph (14e) et de l’IRFSS Croix-Rouge d’Île-de-France pour les concours d’entrées en IFAS et en IFSI. Je suis également membre de jurys des mémoires de fin d’études. Je participe régulièrement à des journées de formation ou d’échange avec les IFSI et d’autres structures en vue d’optimiser les pratiques de stages.

Finalement, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce qui me plaît dans mon métier de Cadre de santé, c’est la possibilité de ne pas faire seulement mon métier ! J’ai la possibilité d’être membre ou chef de projet de groupes de travail, comme pour la préparation de l’EPP (Évaluation des pratiques professionnelles) « Plaies et cicatrisation », d’avoir des missions transversales, d’évoluer, d’apprendre, de continuer à suivre des spécialisations au service de l’accompagnement de nos patients, pour mieux les comprendre et avoir la bonne attitude au quotidien aussi bien envers eux qu’envers les soignants. Les actions de formation m’offrent une prise de recul qui me font évoluer aussi bien personnellement que professionnellement.

© Dunod Éditeur, 18 février 2016


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