Accueil Métier : infirmier Infirmiers : ils témoignent ! Paul Astre, Société parisienne d’aide à la santé mentale (SPASM)

Infirmier en santé mentale : les enjeux du soin relationnel

Créée en 1959, la Société Parisienne d’Aide à la Santé Mentale (SPASM) est une association loi 1901 qui se soucie de fédérer, au sein de projets spécifiques, des soins en insertion pour les personnes souffrant de troubles psychiques. La SPASM travaille en partenariat avec de nombreux acteurs : le patient, la famille, des professionnels sanitaires et sociaux et des représentants de la société civile.
Rencontre avec Paul Astre, infirmier en hôpital de jour au sein d’une des unités de soins de la SPASM, le Centre de Traitement et de Réadaptation (CTR).
N. B. Les propos ci-dessous n’engagent que leur auteur, et non son institution.

Pouvez-vous nous précisez votre parcours dans le domaine des soins infirmiers jusqu’à vos fonctions actuelles ?

Je suis infirmier depuis 1989. C’est un métier que j’ai choisi relativement tard, après d’autres activités. Après une maîtrise de philosophie à Paris-VIII, j’ai souhaité obtenir un diplôme de psychanalyse appliquée qui nécessitait d’être soit psychiatre, soit psychologue, soit infirmier en psychiatrie. J’ai choisi de passer le concours d’infirmier en psychiatrie à l’IFSI de l’hôpital Esquirol, dans le Val-de-Marne, car je souhaitais travailler dans un service très précis, celui du Professeur Georges Lantéri-Laura (1930-2004). C’est un éminent psychiatre, professeur de philosophie qui, à mon sens, a écrit le meilleur précis de phénoménologie. J’ai travaillé dans son service pendant presque quinze ans. Lorsqu’il est parti à la retraite, j’ai rejoint la Société parisienne de Santé Mentale où je travaille depuis une quinzaine d’années.

Quelles sont vos missions au Centre de traitement et de réadaptation (CTR) ?

J’y suis référent d’une dizaine de patients auprès de qui je représente notre institution.
Parfois, ce rôle, lors des entretiens individuels, peut se rapprocher de celui du psychothérapeute dans le cadre d’une relation transférentielle.
Si la plupart des hôpitaux de jour délivrent les traitements, nous n’avons pas fait ce choix au CTR. Nous considérons que les patients hospitalisés dans notre structure peuvent être autonomes dans la gestion de leur traitements médicamenteux (c’est d’ailleurs un des critères d’admission).
Nous pouvons intervenir exceptionnellement en cas de problème de non compliance, et ce durant un temps très limité. Notre objectif est avant tout de permettre à chaque patient de se construire un monde social à sa mesure. Son séjour dans notre centre ne doit donc pas remettre en cause les liens tissés avec les autres intervenants médicaux, paramédicaux ou sociaux.

Que pensez-vous de la formation initiale dans le domaine du soin relationnel ?

Elle s’améliore un peu mais reste très loin de la formation dont pouvaient bénéficier les infirmiers de secteur psychiatrique avant 1994.
Nous constatons d’ailleurs que bien peu de nos stagiaires infirmiers se disent intéressés par une future pratique en psychiatrie. Si la plupart des étudiants apprécient leur stage dans notre structure, ils n’ont pas pour autant le désir d’exercer en psychiatrie et ils préfèrent le champ des soins somatiques ; les protocoles y sont bien plus précis et l’engagement personnel moins marqué car les séjours y sont beaucoup plus courts.

Au-delà de la formation d’infirmier en IFSI, comment se spécialiser ensuite en santé mentale ?

Si l’on souhaite s’orienter vers le soin en santé mentale, il n’existe plus à ce jour de véritable spécialisation infirmière, hormis la formation d’infirmier clinicien qui reste très confidentielle et peu reconnue. Il faut donc faire preuve de curiosité, s’intéresser aux différents courants de pensée en psychiatrie pour se forger un corpus théorique qui servira de support à la pensée clinique.

Dans quelle mesure l’évolution économique, culturelle et sociale influe-t-elle sur l’évolution des interventions de l’infirmier en santé mentale ?

Deux mots me viennent à l’esprit : protocole, d’une part et résistance, d’autre part. Nous vivons dans un monde qui a l’ambition de tout codifier afin d’imposer des protocoles dans tous les domaines. Je pense qu’il est essentiel de résister à cette façon de concevoir le soin, du moins en psychiatrie. L’esprit humain est bien trop riche et complexe pour se résumer dans un protocole ; en psychiatrie, il y a autant de soins différents que de patients. Cette diversité est fondamentale pour faire face à la destructivité inhérente à la psychose.

Avez-vous une approche corporelle spécifique des personnes souffrant de troubles psychiques ?

Au CTR nous sommes depuis toujours très attachés aux soins corporels au sens large du terme. Depuis les plus simples tels que la préparation et le partage d’un repas, ou la pratique dans des groupes réguliers du yoga ou du tai-chi, jusqu’aux plus techniques tels que la pratique du packing ou enveloppement humide. Ces soins corporels, à ne pas confondre avec les soins somatiques, sont indispensables à la rencontre.

Au-delà des compétences techniques, y a-t-il des compétences spécifiques à développer pour travailler dans le domaine du soin en insertion ?

Au-delà des compétences techniques acquises durant la formation initiale, le principal de ce qui reste à apprendre réside dans la capacité à faire compétence de ce que nous sommes. De ce point de vue, la hiérarchie entre les diverses compétences n’a pas de raison d’être. L’important étant que tout cela puisse se mettre en œuvre dans le cadre d’une institution à la fois solide et bienveillante. Dans notre hôpital de jour, psychiatre et psychologue œuvrent à garantir un cadre fiable et sécurisant pour que chaque infirmier y travaille avec son savoir-faire et son savoir-être.

Comment trouver un poste dans le domaine de la santé mentale ?

Pour trouver un poste en santé mentale, il n’y a que l’embarras du choix, y compris dans notre association qui n’est pas de loin la plus mal lotie en ce qui concerne l’intérêt du travail infirmier. Pour se renseigner sur les opportunités de travail, on peut passer par des sites internet – Serpsy (Soin, Étude et recherche en Psychiatrie – un espace de réflexion et d’échanges autour de la relation soignant/soigné) ou celui de Santé Mentale France (un mouvement national en faveur des personnes souffrant de troubles psychiques). Pour ma part, je pense que rien ne vaut la rencontre directe avec d’autres soignants et pour cela, les colloques et congrès scientifiques sont incontournables.



© Dunod Éditeur, janvier 2017


Commenter cet article
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.